29.01.07 PARIS : Les scientifiques, les environnementalistes et les autres membres de Shark Alliance et l’APECS appellent la France, l’un des acteurs les plus actifs en matière de pêche et de commerce des requins en Europe, à peser de tout son poids afin d’améliorer le futur de ces animaux en péril.
Shark Alliance est une coalition de plus de 20 organisations non gouvernementales dont le but est d’agir pour la conservation et la restauration des populations de requins en tentant de faire évoluer la politique commune de la pêche de l’Union Européenne.
La coalition s’adresse tout particulièrement à la France afin qu’elle suive les recommandations des scientifiques et qu’elle suspende la pêche ciblant des espèces en danger, qu’elle soutienne de nouvelles restrictions en matière de commerce international, qu’elle contribue, au niveau de l’Union européenne, à la mise en œuvre d’un plan de gestion de la pêche des requins et d’une réglementation relative au prélèvement des ailerons plus stricte.
La France figure au top 20 des États pêcheurs de requins dans le monde et au top 10 des Etats importateurs de requins. Ceux-ci sont prisés pour leur chair, leurs ailerons et l’huile tirée de leur foie, utilisée par les industries cosmétique et pharmaceutique.
En 2004, la France a ete le deuxieme pays europeen producteur de requins et de raies. Les navires français ont capturé plus de 21 000 tonnes de requins et de raies, non seulement dans les eaux françaises mais également dans des régions aussi lointaines que l’Antarctique, ce qui représente près de 20% des prises totales de l’Union européenne. L’Union européenne impose peu de limitation des captures de requins dans les eaux communautaires. En France, les requins ne font l’objet d’aucune protection. Un plan de gestion de la pêche des requins a été promis par l’Union européenne, mais jamais réalisé.
« En tant qu’acteur important de l’exploitation et de la consommation de requins en Europe, la France aurait intérêt à ce que les populations soient gérées pour permettre une exploitation durable. Mais elle se positionne souvent contre les propositions de nouvelles mesures de conservation », a déclaré Eric Stéphan, de l’Association pour l’étude et la conservation des Sélaciens (APECS). « Étant donné son influence au sein de l’Union européenne et le vaste rayon d’action de ses navires, la France est un des pays détenant le pouvoir d’assurer ou de compromettre l’avenir des requins en Europe et dans le monde ».
La France a récemment joué un rôle décisif pour la protection des requins en déclenchant la mise en place d’un moratoire sur la pêche ciblée des requins de grands fonds de l’Océan Austral, mesure décidée par les parties à la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique. Cette action exemplaire illustre parfaitement le principe de précaution en matière de gestion des requins. Shark Alliance demande à la France de jouer un rôle semblable en Europe et de soutenir l’élaboration et la mise en œuvre, par l’Union européenne, d’un plan de gestion des stocks de requins.
Le rôle que joue la France dans le déclin des populations d’aiguillats et de requins taupes communs est particulièrement préoccupant. Ces deux espèces sont maintenant considérées, par l’Union mondiale pour la nature (UICN), comme En danger critique d’extinction dans l’Atlantique nord-est et les scientifiques ont demandé un arrêt total de la pêche de ces espèces. La France est le seul pays européen pratiquant la pêche ciblée du requin taupe. Entre 1995 et 2005, elle s’est classée en tête du classement mondial des pays importateurs d’aiguillats. Bien qu’elle soit également grande importatrice de requin, l’Allemagne a proposé que ces deux espèces soient inscrites à l’annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), alors que la France ne s’est pas encore engagée à soutenir cette proposition qui a pourtant été soumise au nom de l’Union européenne au secrétariat de la CITES.
« Si la France a joué un rôle dans le déclin des populations d’aiguillats et des requins taupes en Europe, elle a maintenant la possibilité de réparer ses erreurs en cessant d’exploiter ces espèces et en soutenant activement leur inscription à la CITES », dit Sonja Fordham, responsable de la politique de Shark Alliance. « L’attitude louable de la France concernant les requins de grands fonds en Antarctique devrait se poursuivre et pourrait trouver un écho, plus près de la métropole, si un moratoire sur la pêche des requins de grands fonds à la croissance exceptionnellement lente était mis en place ».
Shark Alliance incite fortement tous les États membres de l’Union européenne à promouvoir un plan global de gestion des requins, tenant compte des données scientifiques disponibles et fixant des limitations de captures et à corriger les déficiences de la réglementation européenne relative au prélèvement des ailerons des requins.
INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES
Le lundi 29 janvier 2007, à 15 heures, Shark Alliance et l’Association pour l’étude et la conservation des Sélaciens tiennent une conférence de presse dans l’auditorium du Muséum national d’histoire naturelle.
Les requins sont particulièrement sensibles à la surexploitation et les populations mettent du temps à se reconstituer car il s’agit d’animaux ayant une croissance lente, une maturité sexuelle tardive et un faible taux de reproduction.
Un tiers des populations européennes de requins qui ont fait l’objet d’une évaluation sont désormais considérées comme menacées selon les critères de la Liste Rouge de l’UICN (Union mondiale pour la nature). 20% supplémentaires sont sur le point de le devenir
Les navires français capturent plusieurs espèces de requins et de raies dont certaines sont considérées comme menacées par l’UICN. Des espèces de requins pélagiques sont également capturées accidentellement par les thoniers français qui pêchent au large de l’Afrique de l’ouest et dans l’Océan Indien.
La demande d’ailerons de requins, utilisés pour la préparation de la soupe aux ailerons très prisée en Asie, entraîne souvent un terrible gaspillage. Les ailerons sont coupés et les carcasses rejetées en mer. L’Union européenne a interdit cette pratique connue sous le nom de finning à l’ensemble des navires des Etats membres, dans les eaux communautaires et non communautaires. Un certain nombre de failles dans cette réglementation la rendent cependant inefficace.
Pour accorder une plus grande flexibilité aux pêcheurs, la plupart des interdictions relatives à cette pratique donnent en effet la possibilité de stocker séparément les nageoires et les carcasses à bord des bateaux, une correspondance théorique entre le poids des nageoires et celui des carcasses devant être respectée pour permettre le contrôle. Ce rapport devrait être de 2%, alors que l’Union européenne accepte un ratio maximum de 5%.
Trois espèces de requins - blanc, pèlerin et baleine - figurent déjà sur la CITES, mais le commerce de ces espèces ne pèse pas lourd à côté de celui de l’aiguillat.
La valeur des importations d’aiguillat par l’Union européenne a plus que doublé entre 1995 et 2005, le prix de cette espèce étant passé d’1.6 euros le kilo à 3.86 euros le kilo, en raison de sa raréfaction.
L’inscription à la CITES (à l’annexe II, comme demandé) aurait des conséquences pour les pays exportateurs qui devraient accepter limitations de capture mais n’affecteraient pas les quotas de pêche de l’Union européenne.
association pour la protection des requins

(Photo A. De Agostini, Afrique du Sud.)

(Photo A Cleave, "Requins, portrait du monde animal".)

(Photo A. De Agostini, Réunion)
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